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4 June 2026

L’Été des regards lents

REGARDS SUR UNE DÉCENNIE DE PRATIQUES CONTEMPLATIVES
RETOUR D’EXPÉRIENCE ET CARTOGRAPHIE D’UN MOUVEMENT EN PLEINE ÉVOLUTION?


“Le premier bien est la santé,
le deuxième la beauté.”
Platon

Par Marjan Abadie

L’été nous rappelle naturellement l’importance de ralentir.

Ralentir son rythme. Ralentir son regard.

Se laisser toucher par un paysage, une lumière, la nature ou une œuvre d’art.

Comme le rappelle le neurologue Pierre Lemarquis, notre cerveau réagit souvent aux œuvres d’art comme à des expériences vécues. Les émotions, les sensations et les images qu’elles éveillent mobilisent de nombreux mécanismes similaires à ceux sollicités dans notre relation au monde réel.

À l’heure où les musées explorent de nouvelles manières de remplir leur mission sociale et de créer du lien avec leurs publics, les approches contemplatives connaissent un essor remarquable : Slow Art, méditation au musée, yoga dans les galeries, expériences sensorielles, médiations sensibles ou pratiques attentionnelles.

 

Au-delà de la transmission des savoirs, les institutions culturelles sont de plus en plus nombreuses à s’interroger sur leur capacité à favoriser le bien-être, l’inclusion, l’attention, le dialogue et la qualité de l’expérience vécue. Pour répondre à ces enjeux, elles explorent des voies multiples : pratiques inspirées de la pleine conscience de Jon Kabat-Zinn, yoga, approches contemplatives, expériences sensorielles ou médiations sensibles centrées sur la relation à l’œuvre.

 

Dans ce contexte, les œuvres apparaissent non seulement comme des objets de connaissance, mais aussi comme des ressources permettant de ralentir, ressentir, réfléchir et parfois se reconnecter à soi, aux autres et au monde.

 

Mais à mesure que ces pratiques se développent, le paysage devient également plus complexe à appréhender. Les termes employés, sensible, sensoriel, contemplatif, attentionnel, immersif ou méditatif, recouvrent souvent des réalités, des intentions et des méthodologies différentes.

 

C’est une confusion que je rencontre fréquemment lors des formations et conférences que j’anime. Les professionnels des musées me disent souvent partager les mêmes objectifs ; favoriser l’attention, l’inclusion, le bien-être ou la qualité de l’expérience vécue ; sans toujours disposer de repères clairs pour distinguer les approches disponibles.

C’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’a conduite à consacrer un récent article dans la Lettre de l’OCIM n°214 à la clarification de ces notions.

Pourtant, derrière cette apparente nouveauté se cache une histoire beaucoup plus ancienne.

 

 

UNE INTUITION VIEILLE COMME L’HUMANITÉ

 

Bien avant l’invention des musées, les êtres humains savaient déjà que certaines expériences de beauté avaient le pouvoir de nous transformer.

 

Platon associait déjà la contemplation du beau à une forme d’élévation intérieure. Plus tard, Plotin, les textes de l’Avesta, la tradition indienne du rasa ou encore les poèmes de Rûmi décrivent chacun à leur manière le pouvoir transformateur de la rencontre avec la beauté.

 

Dans toutes ces traditions, de Platon à Rumi et Khayyam en passant par Avesta nous invitent à nous engager dans  l’expérience esthétique avec profondeur.

 

 

LE MONDE FRANCOPHONE :
PLUS D’UNE DÉCENNIE D’EXPÉRIMENTATIONS

 

Dans le monde francophone, l’intérêt pour une relation plus sensible à l’art ne date pas d’hier.

En 2011, Christophe André publie Méditer jour après jour et ouvre la voie à une approche plus contemplative des œuvres.

 

Durant la même période, de nombreuses initiatives voient également le jour dans les musées, centres d’art et institutions patrimoniales, témoignant d’un intérêt croissant pour les dimensions sensibles, contemplatives et relationnelles de l’expérience culturelle.

 

Au cours des années suivantes, différentes initiatives émergent dans les institutions culturelles. Certaines introduisent dans les musées des pratiques corporelles ou méditatives développées hors contexte museal.

 

Les premières expérimentations muséales de Mindful Art® sont mises en place dès 2019 autour du concept « Voir avec le cœur », afin d’explorer la manière dont les œuvres peuvent devenir des espaces d’attention, de résonance émotionnelle et de présence à soi. Ces expériences font rapidement l’objet d’articles de presse et contribuent à faire connaître cette approche auprès d’un public plus large. Pour consulter une sélection de ces publications, rendez-vous sur notre page presse.

 

En 2021, Véronique Antoine-Andersen publie Pratiquer la cérémonie du regard. La même année, le festival Mindful Art Spring réunit plus de 300 participants issus de 15 pays autour de 5 musées partenaires, en pleine période de pandémie.

 

L’année 2021 marque également l’arrivée en France de Nathalie Bondil. Le travail pionnier qu’elle avait développé au Canada autour des liens entre art, santé et bien,être contribue alors à donner une visibilité accrue à ces thématiques.

 

À la même période, les médiations sensibles gagnent en visibilité au sein des réseaux professionnels. Dans le cadre des premières recherches menées sur ce sujet pour l’ICOM CECA, je suis longuement interviewée afin de partager la genèse de Mindful Art, ses fondements théoriques, sa méthodologie et les expérimentations conduites dans différents musées depuis 2018. Ces échanges contribuent alors à nourrir les réflexions émergentes autour des médiations sensibles dans le champ muséal.

 

À partir de 2022, les publications et groupes de travail se multiplient. La parution de Méditer avec l’art aux éditions Eyrolles contribue à faire connaître plus largement l’approche Mindful Art auprès des professionnels des musées et du grand public.

 

Depuis, l’intérêt croissant porté à ces questions témoigne de la vitalité d’un champ qui continue aujourd’hui de se structurer.

 

 

QUAND LE MUSÉE REDÉCOUVRE LE TEMPS LONG

 

Cette évolution s’inscrit dans un mouvement culturel plus large.

Après Slow Food en 1986, Phil Terry lance en 2008 le Slow Art Day avec une idée simple : regarder moins d’œuvres mais les regarder plus longtemps.

Une question émerge alors progressivement dans les musées :

Que vit réellement le visiteur face à l’œuvre ?

Les émotions, l’attention et l’expérience vécue deviennent de plus en plus des sujets de recherche et d’expérimentation.

 

 

UNE CARTOGRAPHIE DES PRATIQUES CONTEMPLATIVES : TROIS GRANDES FAMILLES DE PRATIQUES 

 

Après huit années d’expérimentation, d’observation et d’échanges avec des professionnels des musées, il me semble possible de distinguer trois grandes familles de pratiques.

 

Cette cartographie n’a pas vocation à être exhaustive. Certaines démarches se situent à la frontière de plusieurs catégories. Elle permet néanmoins de mieux comprendre les intentions qui sous-tendent ces différentes approches et ce qu’elles apportent aux visiteurs.

 

Aucune de ces approches n’est supérieure aux autres. Chacune répond à des objectifs différents et apporte une contribution spécifique à l’expérience des visiteurs.

 

Les pratiques corporelles et attentionnelles

 

Elles introduisent dans les musées des pratiques développées ailleurs : yoga, pleine conscience ou encore ateliers associant Wutao et rencontre avec les œuvres.

 

Certaines propositions culturelles utilisent des exercices déjà existants issus de la pleine conscience. C’est notamment le cas du célèbre exercice du raisin sec  ou le body scan créé par Jon Kabat-Zinn à la fin des années 1970.

 

L’objectif principal est alors l’entraînement de la présence.

Les approches fondées sur un regard personnel

 

Dès 2011, Christophe André avec Méditer jour après jour  qui accompagnent ses méditations deviennent autant de supports à une réflexion intérieure et à une expérience personnelle du regard.

ou encore  Véronique Antoine,Andersen devloppe une proposition de regard interne en 2021

 

Ces démarches ont contribué à légitimer la dimension subjective de la rencontre esthétique.

 

Les protocoles de médiation sensible centrés sur l’œuvre

 

Une troisième famille cherche à construire une méthodologie spécifique de rencontre avec l’œuvre.

 

C’est dans cette perspective que s’inscrit Mindful Art.

 

Lors de sa création en 2018, aucune approche dans le paysage muséal francophone ne proposait de relier de manière aussi explicite et méthodique l’œuvre observée, les émotions ressenties, les sensations corporelles et l’expérience intime du visiteur.

 

L’œuvre n’est plus un simple support d’attention.

Séance Mindful Art au cœur du musée de Cluny - 2026

Séance Mindful Art au cœur du musée de Cluny – 2026

 

Elle devient le point de rencontre entre perception, émotion, corps, imaginaire et expérience esthétique.

 

 

VERS UN NÉCESSAIRE TRAVAIL DE CLARIFICATION

 

L’essor de ces démarches est une excellente nouvelle pour les musées et les visiteurs.

 

Mais cette diversité s’accompagne aussi d’un certain flou terminologique. Les mots sensible, sensoriel, contemplatif, immersif, méditatif, somatique ou expérientiel sont souvent utilisés de manière interchangeable alors qu’ils renvoient à des réalités différentes.

 

C’est dans cet esprit que j’ai consacré un récent article dans la Lettre de l’OCIM n°214 aux médiations sensibles, afin de proposer quelques repères conceptuels et méthodologiques.

 

On y croise aujourd’hui de nombreuses terminologies : médiation sensible, sensorielle, contemplative, attentionnelle, méditative, somatique, immersive ou expérientielle.

 

Si ces approches partagent une même ambition, enrichir la rencontre avec les œuvres ,elles ne mobilisent ni les mêmes leviers, ni les mêmes intentions, ni les mêmes effets. Les distinguer permet aux professionnels de mieux choisir les dispositifs les plus adaptés à leurs collections, à leurs publics et à leurs objectifs de médiation.

 

Car au,delà des terminologies, une même question demeure :

Comment permettre une rencontre plus profonde entre les œuvres et celles et ceux qui les regardent ?

 

Journée de formation - Sensibiliser à l'approche Care - Mindful Art

Journée de formation – Sensibiliser à l’approche Care – Mindful Art

 

 

FORMER POUR MIEUX CHOISIR

Les expérimentations conduites depuis huit ans m’amènent aujourd’hui à formuler une observation simple :

 

Les visiteurs ne demandent pas moins de contenu. Ils demandent davantage de relation.

 

L’enjeu n’est plus seulement de transmettre des savoirs, mais de créer les conditions d’une rencontre.

 

Qu’il s’agisse d’un atelier de yoga, d’un exercice de manger de raisin en pleine conscience emprunté  des travaux de Jon Kabat-Zinn, d’une démarche contemplative ou d’une médiation sensible centrée sur l’œuvre, chacune de ces approches apporte une contribution spécifique. Elles poursuivent cependant des objectifs différents et mobilisent des leviers distincts.

 

Comment intégrer le sensible sans renoncer à l’exigence scientifique ? Comment accompagner les émotions des visiteurs ? Comment choisir les dispositifs les plus adaptés à ses collections et à ses publics ?

 

C’est pour répondre à ces questions que nous développons aujourd’hui des formations, conférences et accompagnements destinés aux professionnels des musées et de la culture.

 

J’espère avoir le plaisir de vous y retrouver prochainement afin de poursuivre ensemble cette réflexion et d’explorer les multiples façons dont l’art peut devenir un espace de présence, de relation et de transformation.

 

Car au fond, la question n’est peut être pas seulement de regarder les œuvres plus longtemps.

 

Le Palais des Beaux-Arts de Lille propose des expériences de médiation Mindful Art

Le Palais des Beaux-Arts de Lille – Ralentir, contempler, méditer : l’expérience Mindful Art®

 

Elle est d’apprendre à les rencontrer autrement.

 

Vous souhaitez mieux comprendre les médiations sensibles, contemplatives et attentionnelles ? Découvrez nos formations, conférences et accompagnements dédiés aux professionnels des musées et de la culture en suivant ce  lien